couv.jpg (84239 octets)

L'insécurité nucléaire
Bientôt un Tchernobyl en France ?

Extrait :

Les
"pieds-nickelés"
de Nogent

 

De temps en temps, les inspecteurs de l'ASN organisent un exercice inopiné pour tester la réactivité des équipes de sûreté des installations nucléaires. Assez souvent, le résultat est mauvais, voire affligeant. Des consignes sont alors données pour tenter d'obtenir une amélioration et, quelques temps plus tard, le même exercice est organisé. Il ne s'agit plus véritablement d'une surprise pour l'exploitant qui se doute bien qu'il va être à nouveau testé. Pourtant, les progrès sont parfois difficiles à détecter.

Le "pompon" revient de toute évidence à la centrale nucléaire de Nogent. L'ASN a prononcé contre cette centrale une "mise en demeure" annoncée par un communiqué[1] qui relate diverses défaillances et incompétences. Ce serait amusant si ce n'était pas aussi grave : "Au cours de l'exercice réalisé sur la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine par l'Autorité de sûreté nucléaire pendant l'inspection inopinée du 2 octobre 2001, il avait été constaté qu'entre le moment du déclenchement de l'alerte incendie par un témoin et l'arrivée sur place de l'équipe de deuxième intervention plus de 50 minutes s'étaient écoulées." Pas vraiment brillant, sachant que le délai maximum toléré est de 15 minutes !

Mais le "meilleur" est à venir : "Quatre mois après cet exercice, les inspecteurs ont effectué une nouvelle inspection inopinée la nuit du 12 au 13 février 2002. Ayant réalisé le même exercice incendie (même scénario, même lieu), ils ont à nouveau constaté qu'entre le moment du déclenchement de l'alerte incendie par un témoin et l'arrivée sur place de l'équipe de deuxième intervention plus de 45 minutes étaient encore nécessaires, et de plus pour les mêmes raisons ; les mesures prises entre-temps par EDF pour améliorer la situation se sont avérées insuffisantes pour certaines, non appliquées pour d'autres." Faut-il se contenter de ce "progrès" de cinq minutes ?

Certainement agacés d'être, encore plus que d'habitude, pris pour des imbéciles, les dirigeants de l'ASN se sont alors fendus d'une lettre de "mise en demeure"[2] en avril 2002 : "Devant cette situation anormale et persistante, l'Autorité de sûreté a donc mis en demeure le site de Nogent-sur-Seine d'améliorer son organisation afin de pouvoir garantir l'engagement d'actions de lutte contre un incendie par l'équipe de deuxième intervention sur ces zones dans des délais acceptables (…) Si au terme de ces trois mois, les conditions de lutte contre l'incendie ne sont pas redevenues conformes à l'attendu, je pourrai être amené à suspendre l'exploitation des installations concernés."

Soit. Mais il n'y a pas là de quoi empêcher un directeur de centrale de dormir : nous verrons plus loin que, après une mise en demeure tout aussi solennelle, et malgré la perpétuation des défaillances à la date fatidique, la centrale de Dampierre n'a pas été fermée par l'ASN. Enfin, on se demande bien pourquoi, pour des défaillances aussi graves, EDF n'est pas mise à l'amende : étant entendu que les performances financières sont la priorité des dirigeants de  l'entreprise EDF, quelques lourdes pénalités les pousseraient sûrement à faire preuve d'un peu plus de sérieux.

[1] www.asn.gouv.fr/data/information/14_2002_nogent.asp

2] www.asn.gouv.fr/data/information/14_2002_med_nogent.PDF

 

L'insécurité nucléaire